Salut Taulard. Question classique pour débuter
une interview, mais pouvez-vous présenter brièvement votre groupe et nous raconter
un peu comment votre projet musical a vu le jour. En me renseignant à droite et
à gauche, j’ai cru comprendre que Taulard était un projet solo à la base…
Salut Maximum
Cuvette ! On est quatre dans le groupe. Il y a Jérôme à la basse, Nico à
la batterie, Josselin qui chante et Nico qui joue du synthé. On joue du
synthépunk, sans guitare, avec un clavier pourri. Parfois, nos morceaux ressemblent
plus à des chansons rock qu’à du synthépunk.
Au
départ il y avait des chansons, et le groupe s’est formé pour pouvoir les
jouer. Taulard n’a jamais existé comme projet solo. La plupart des chansons
existaient avant que le groupe se forme, mais elles ont été écrites toujours
dans l’espoir d’être jouées en groupe.
La première fois que je vous ai vu en concert, j’ai été surpris par
deux choses, d’une part, par l’énergie que vous dégagez sur « scène »,
d’autre part, par la moyenne d’âge relativement jeune du groupe. On a déjà du
vous faire ce genre de remarques des centaines de fois, mais pensez-vous que
ces deux éléments soient d’une manière ou d’une autre liés ? L’âge
représente-t-il, selon vous, une barrière dans une scène punk de plus en plus
vieillissante ?
Nico et
Jérôme : Non, écoute, malgré la différence d’âge, on ne se sent pas
différenciés des autres.
Josselin :
Je crois qu’on se pose pas toutes ces questions sur l’âge. Il se trouve que
dans notre groupe, il y a deux ados, mais c’est pas ça qui nous rend plus énergiques
ou dynamiques que d’autres groupes… en gros, énergie et jeunesse ne sont pas
forcément liées et t’as qu’à aller voir Plaine Crasse en concert pour pouvoir
t’en rendre compte. ou Needles.
En
tout cas une chose est sûr, c’est qu’on aime bien bouger et danser (à part Nico
synthé qui danse jamais).
Après avoir sortie une première démo K7 il y a deux ans, vous avez
récemment sorti un EP. Pouvez-vous nous en parler un peu ? Pourquoi avoir
choisi de tels supports ? A
l’époque du tout numérique, plus d’un.e pourrait, en effet, être surpris.e par
de tels choix…
Jérôme :
C’est vrai que ça apporte une certaine satisfaction de se dire que j’ai sorti mon
premier vinyle au même âge que Bob Marley, mais en revanche au lycée on me
demande plutôt si j’ai pas la platine à vendre avec.
Nico :
moi j’ai été content de sortir un vinyle parce que ça donne un rapport plus
intime avec la musique gravée dessus par rapport aux supports plus modernes.
Josselin :
je t’avoue que si tu m’avais dit que j’allais sortir un vinyle 7 ‘’ avec mon groupe il y a trois
ans, j’aurais eu du mal à te croire. Maintenant ça me paraît moins surprenant.
Les groupes autour de nous sortent pour la plupart des K7 et des vinyles. On prend modèle sur les autres. C’est sûr, sortir un vinyle prend plus
de temps que sortir un CD, mas j’ai trouvé intéressant de m’occuper des
différentes étapes (quoiqu’un peu stressant du au résultat qui m’a pas vraiment
convaincu).
Au
niveau du contenu, il y a quatre chansons sur cet EP, très différentes les unes
des autres, tant au niveau de la structure des morceaux que dans le contenu des
paroles, qui va des situations tendues dans la rue, au récit réel ou imaginé
d’une année passée à Londres, en passant par la fuite d’un évadé qui va prendre
fin en pleine montagne, et une lettre à mon frère jumeau.
D’ailleurs, en parlant de numérique, la plupart de vos morceaux sont en
téléchargement libre sur internet. Est-ce quelque chose d’important pour
vous ? Etes-vous contre toutes formes de propriétés musicales / culturelles
et pratiquez-vous le téléchargement ?
Oui
c’est important. On met nos morceaux à télécharger pour que le gens puissent décider
s’ils veulent l’acheter ou non. On s’est assez fait avoir dans le passé en
achetant des CD à 15€ qu’on écoute qu’une fois. Il y a aussi le côté pratique, tu
télécharges les chansons, tu les as sur ton ordi et tu peux les écouter dans
ton baladeur. On pratique tous le téléchargement. On écoute la plupart du temps
que des MP3s. Et puis on n’est pas opposé à la propriété musicale, mais c’est
pas comme ça qu’on a décidé de fonctionner avec le groupe.
Si l’on me demandait de décrire votre musique en quelques mots, je
dirais qu’elle se situe à la croisée de la new-wave et du post-punk, mais avec
une bonne dose de spleen et de mélancolie, ce qui vous rapprocherait ainsi de
courants musicaux plus éloignés, comme le blues par exemple. Comment vous
situez-vous par rapport à toutes ces étiquettes ? Quelles sont vos principales
influences et sources d’inspirations dans le groupe ?
Josselin :
Je crois pas qu’il y ait de mélancolie dans mes textes. Du regret oui, de la
souffrance de s’être planté, aussi.
Jérôme
et Nico : on cherche pas spécialement à se coller d’étiquette. On a un son
plutôt atypique, sans guitare. Nous, on a un jeu qui ressemble parfois à du
jazz ou du funk parce que c’est comme ça qu’on a appris à jouer.
Josselin : et puis y a toutes ces influences classiques, les enchainements d’accords, le baroque dans « dans mes tempes », on reprend Josquin Desprez et Janequin, des trucs que j’ai appris à la fac avec Nico synthé.
Josselin : et puis y a toutes ces influences classiques, les enchainements d’accords, le baroque dans « dans mes tempes », on reprend Josquin Desprez et Janequin, des trucs que j’ai appris à la fac avec Nico synthé.
Perso,
je décris maintenant notre musique comme synthépunk car depuis la K7, notre son
a évolué : on joue plus vite et on a changé les rythmes de batterie. Postpunk
je crois pas. Blues non plus, et j’ai
plus envie d’entendre New-Wave car je sais pas trop à quoi ça correspond et je
le prend mal quand on nous compare aux Inconnus.
Vous avez choisi une sorte de petit totem comme logo pour le groupe.
Qu’est-ce que ce totem représente, symbolise pour vous ? Possède-t-il une
signification particulière ? Puis, autre question, pourquoi avoir choisi
de vous appeler Taulard ? Parce que ça sonne un peu anarko-punk /
crustouille comme nom de groupe, vous ne trouvez pas…
Josselin :
Le totem ne symbolise pas grand chose. Il est apparu pour la première fois sur
la pochette du CD démo. Les paroles sur l’insert ont aussi été découpées de
façon à former des totems. C’est juste un objet qui me plait, au point de
m’être inscrit il y a quelques années à un cours de sculpture sur bois à
Villeurbanne pour pouvoir en sculpter un! et d’être allé à Seattle l’été
dernier pour en voir des vrais. Donc ouais, aucune symbolique cachée, j’ai
juste un intérêt esthétique pour l’objet.
Et
Taulard c’est mon nom de famille en verlan. Un gars au collège m’appelait comme
ça. C’est un élément marquant de mon adolescence, qui colle bien avec les sujets abordés dans les
chansons.
Nico synthé : Ouais c’est vrai que le nom du
groupe peut prêter à confusion ; en concert, un mec nous a même une fois
accusé d’être des usurpateurs, parce que visiblement aucun de nous quatre
n’étions passés par la case prison dans notre existence… Et en même temps ça
crée une surprise pour les gens qui nous voient pour la première fois, alors
qu'ils s'attendent à découvrir des bons vieux Stoners ou un groupe de Crust
comme tu le dis. Et si du coup tu
t’intéresses à l’histoire du groupe, tu es vite mis au parfum de la ‘Private
Joke’, référence à l’adolescence de Jo.
J’ai l’impression que les textes (souvent sombres, toujours sincères)
jouent un rôle tout aussi important que la musique dans le groupe. D’où vient
cette attention toute particulière
qui leur est accordé ? Quel est votre rapport à l’écriture :
était-ce un moyen d’exprimer ses vieux démons ou une manière de prendre du
recul vis-à-vis de périodes difficiles de sa vie ? Je pense ici notamment aux
textes de « 31/12/00 » et de « Se sortir d’un faux pas »
qui sont des textes très personnels.
Josselin :
Oui, les textes sont personnels. C’est des trucs qui me sont arrivés, des
situations dans lesquelles je me suis trouvé. J’écris sur ça parce que je vois
pas sur quoi je pourrais écrire d’autre. Les drames liés à ma famille et les
différents états dans lesquels je me trouve sont les sujets qui m’inspirent.
Par exemple, sur la chanson « Impasse » qui relate une année de
galères, j’ai repris toutes les notes que j’écrivais à l’époque où je me
sentais vraiment mal. Ça donnait « je regrette tous mes choix, j’ai
perdu un mode de vie, je suis tourné vers le passé, je supporte pas mon
quotidien ». J’ai rassemblé ce qui me semblait le plus pertinent et j’en
ai fais une chanson. Les chansons de Taulard, c’est les premiers textes que
j’ai écrits, j’avais jamais fait ça avant. Forcément, j’ai écrit en premier sur
ce qui occupait mon esprit. Je
suis prêt maintenant à écrire des
chansons plus légères, quoi qu’il y en ait eu dès le départ. Je veux dire
« dans mes tempes » parle du trac d’aller parler à une meuf qui te plait et « ville
portuaire » de bouger pendant l’été.
En ce qui concerne la démarche, vous semblez avoir choisi de
fonctionner de la manière la plus indépendante possible. Est-ce important pour
vous de faire le plus de choses possibles par vous-mêmes ou avec l’aide de vos
amis et de vous passer des circuits musicaux traditionnels ? Que
représente le do it yourself no-profit
pour vous ? Et, d’une manière générale, quelle place la musique
occupe-t-elle dans vos vies ?
Oui
c’est important… en même temps, on a jamais réfléchi sur comment on pourrait
fonctionner autrement... Quand on a débuté, on est passé par ce que tu peux appeler
le circuit musical traditionnel de tout groupe grenoblois qui ne connaît
personne en jouant à l’Art-ti-cho et au Dock. Pouah ! On est contents et
reconnaissants d’avoir intégré la scène punk et son réseau et de ne plus avoir
à jouer là-bas.
Josselin :
On fait aussi les choses par nous-mêmes parce qu’on a les moyens financiers de
le faire. Si j’avais pas pu avancer les sous pour sortir le EP, j’aurais sûrement contacté
des gens. Mais la c’est ce que je répondais aux personnes qui voulaient nous aider
financièrement, c’est que c’est pas nécessaire, l’argent on peut le sortir, par
contre aide-nous à le distribuer en achetant des copies pour ta distro ! Taenia
Solium ont été cool de nous aider. Tu fais parti d’un chouette crew.
La
démarche do it yourself no profit, ça permet de minimiser les coûts, de se
faire enregistrer par un ami dans la cave plutôt qu’ailleurs où ça sera cher, de
faire des pochettes sérigraphiées sur du papier récupéré plutôt que de les
faire faire par la boite de pressage, et ainsi de proposer ta K7 ou ton EP à 3€.
Sinon,
je dirais que la musique occupe une place importante dans nos vies.
Nico synthé : Je ne vais pas te raconter des
balivernes, je ne connaissais pas bien le milieux DIY avant Taulard. Maintenant
ça me semble juste incontournable de pouvoir se dire "T'as des bras, des
jambes, des potes, et tu t'en fous du profit... De quoi t'as besoin d'autre
pour jouer de la musique et organiser des concerts !"
Quand à la place qu'occupe la musique pour moi ?
Rien a changer depuis l'adolescence, j'écoute de la musique quand je suis très
déprimé, très heureux ou très révolté, autrement dit au moins trois fois par
jour...
Sinon avez-vous des projets pour la suite : faire des concerts / une
tournée, enregistrer et sortir un nouveau disque ou que sais-je encore ? Puis,
petite question classique, quels sont les disques que l’on retrouve en ce
moment dans le baladeur ou la chaine hifi d’un membre de Taulard ?
On
enregistre en juillet et ensuite on part jouer dans le sud ouest (Aveyron,
Toulouse, Bordeaux), peut-être en Espagne. Ca va être trop bien..
Nico :
en ce moment j’écoute beaucoup de post-rock comme Sigur Ros et de Stoner comme
The Cosmic Deads (Joss : parce que c’est un stoner lui-même ah)
Jérôme :
pour ma part je navigue dans ma période de musique mettant l’accent sur le
texte donc rap français et américain surtout, comme le Saïan Supa Crew, la
Moza, la scred-co, 2pac et tout le « old-school » u.s. et Hip-hop
jazzy qui groove.
Nico synthé : Je prends ta question au pieds de
la lettre. En consultant mon lecteur numérique, voilà les 4 albums qui arrivent
en tête de lecture pour ce dernier mois : Godspeed You! Black Emperor-Slow Riot
For New Zero Kanada- ; Xiu Xiu-Fabulous Muscles- ; Parenthetical
Girls-Privilege*- et Dalek-Abandoned
Language-.
Josselin :
J’écoute tout le temps Poliskitzo et l’album des Zounds « the curse of
Zounds ».
Bon ben voilà, l’interview arrive son terme. Si jamais vous avez envie
de laisser une petite adresse courriel ou postale à laquelle on puisse vous joindre,
c’est le moment. A vous le mot de la fin.
yo,
notre adresse mail c’est villeportuaire(at)gmail.com. Venez nous voir jouer cet été ! merci de ton
intérêt et à plus !!
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